GUINÉE – DIPLOMATIE : En exil, Alpha Condé active ses réseaux en Afrique centrale pour peser sur Conakry
BRAZZAVILLE / CONAKRY Près de cinq ans après le coup d’État du 5 septembre 2021 qui l’a renversé, l’ancien président guinéen Alpha Condé intensifie ses démarches diplomatiques depuis l’Afrique centrale. Malgré la dissolution de son parti politique, son âge avancé (88 ans) et de lourdes procédures judiciaires engagées contre lui à Conakry, l’ex-chef d’État s’efforce de maintenir une influence sur l’échiquier politique guinéen.
Un réseau diplomatique réactivé depuis Brazzaville et Malabo
Installé à Brazzaville depuis avril dernier sous la protection du président congolais Denis Sassou Nguesso, Alpha Condé multiplie les entretiens de haut niveau.
Selon plusieurs sources concordantes, l’ancien chef d’État a notamment échangé avec :Félix Tshisekedi, président de la République démocratique du Congo (RDC) ;Teodoro Obiang Nguema Mbasogo, président de la Guinée équatoriale, lors de déplacements à Malabo ;Martin Fayulu, figure de l’opposition en RDC ;Le cardinal Fridolin Ambongo, archevêque de Kinshasa.
À travers cette intense activité relationnelle, le « Professeur » cherche à préserver sa stature d’homme d’État et à éviter l’isolement politique.
La tentation du « mandat inachevé » face au verrouillage de Conakry
Alpha Condé continue de contester la légitimité de son éviction par le général Mamadi Doumbouya, estimant que son troisième mandat obtenu en 2020 après une révision constitutionnelle controversée lnterrompu illégalement.
Toutefois, les perspectives d’un retour politique effectif en Guinée restent hautement improbables en raison de plusieurs obstacles majeurs. Notamment, le démantèlement de l’appareil politique : Le Ministère de l’Administration du Territoire et de la Décentralisation (MATD) a prononcé la dissolution du Rassemblement du Peuple de Guinée (RPG-Arc-en-ciel), privant l’ancien président de son principal relais électoral interne, la poursuites judiciaires à Conakry o où le parquet général vise Alpha Condé et d’anciens dignitaires de son régime pour des faits présumés de « crimes de sang », d’assassinats et de tortures commis lors des manifestations de 2019-2020.
C’est dans cet esprit que la Cour de répression des infractions économiques et financières (CRIEF) a ouvert des enquêtes pour soupçons de corruption et de détournement de deniers publics.
Une stratégie d’influence à portée limitée
Faute de leviers opérationnels sur le sol guinéen, l’offensive diplomatique d’Alpha Condé vise prioritairement à se poser en interlocuteur incontournable. L’objectif recherché serait d’obtenir des garanties pour un retour sécurisé au pays et la libération de ses anciens collaborateurs actuellement incarcérés.
Néanmoins, les analystes soulignent le déséquilibre du rapport de force. Les dirigeants de la région, tout en accordant des égards protocolaires à l’ancien président, privilégient la realpolitik et n’exercent pas de pression directe sur les autorités de la transition guinéenne.
Envergure224.com
