Crise de liquidité en Guinée : L’impression d’un nouveau billet, remède miracle ou fuite en avant ?
Alors que le Premier ministre Amadou Oury Bah annonce l’injection prochaine d’une nouvelle coupure de Francs Guinéens (GNF), l’expert financier Mohamed Diawara tempère l’enthousiasme général. Entre risques inflationnistes et nécessité de numérisation, décryptage d’une mesure qui divise.
Le sommet de l’État guinéen a tranché : pour répondre à l’asphyxie monétaire qui frappe le pays, de nouveaux billets seront bientôt imprimés. Si l’annonce se veut rassurante, elle soulève des questions de fond sur la santé réelle de notre économie. Pour Mohamed Diawara, spécialiste des finances de développement, cette décision s’apparente davantage à un « ajustement comptable » qu’à une solution structurelle.
Le diagnostic : Un problème de circulation, pas de stock
L’analyse de l’expert est sans appel : la Guinée ne manque pas nécessairement de monnaie, mais d’une circulation fluide de celle-ci. En économie, on distingue la masse monétaire (M) de sa vitesse de circulation (V).
« Aujourd’hui, la vraie variable à corriger serait la vitesse et non la masse monétaire », martèle M. Diawara.
Le phénomène est connu : les billets restent hors des banques, thésaurisés par les agents économiques. Injecter de nouvelles coupures sans que l’argent ne revienne dans le circuit bancaire pourrait s’avérer être un « cercle vicieux », surtout si cette impression sert à éponger un déficit budgétaire sans création de richesse réelle.
L’inflation : Le poids de la psychologie
Au-delà des chiffres, c’est la psychologie des marchés qui inquiète. L’économie est une science humaine où les anticipations dictent la réalité. En spéculant sur une chute de la valeur de la monnaie, les commerçants augmentent préventivement leurs prix.
Le risque : Créer une « prophétie auto-réalisatrice » où la peur de l’inflation finit par la provoquer réellement.
L’enjeu : La Banque Centrale (BCRG) doit impérativement rassurer et garantir que le marché ne sera pas « inondé » de liquidités par rapport à la production nationale.
Le piège des grosses coupures
Si l’impression de gros billets réduit les coûts logistiques pour la Banque Centrale, elle pénalise le panier de la ménagère. L’absence de « petites monnaies » pousse mécaniquement les vendeurs à arrondir les prix à la hausse. Un détail technique qui, mis bout à bout, alimente la cherté de la vie.
Cap sur le numérique : La seule issue durable ?
Pour Mohamed Diawara, la solution ne viendra pas de l’imprimerie, mais du smartphone. Alors que la Guinée affiche une croissance à deux chiffres, ses infrastructures de paiement accusent un retard.
Changer de paradigme : Le Mobile Money ne doit plus être un simple guichet de retrait, mais un outil de paiement direct.
Imposer l’électronique : L’expert préconise de contraindre les secteurs clés (stations-service, supermarchés) à accepter les paiements numériques pour réduire la pression sur les billets physiques.
En conclusion, si le nouveau billet peut offrir un « soulagement saisonnier », la souveraineté monétaire de la Guinée passera par sa capacité à moderniser ses échanges. Reste à savoir si la population, encore attachée au « papier », est prête pour ce saut technologique.
La Rédaction
