Nos chemins professionnels s’étaient séparés, mais nos destins, eux, sont restés liés.
Pendant qu’il reprenait l’UFR créée par l’ancien maire de Macenta, Goyo Zoumanigui, pour mener le combat politique, je fondais le journal d’investigation L’Enquêteur. Il est naturellement devenu l’une des figures centrales de mes rubriques politiques et de mes grandes interviews. Aux côtés du vieux Biro, de Jean-Marie Doré, de Fatou Bangoura, de Siradiou Diallo ou de Bâ Mamadou, la parole de Sidya s’arrachait. Tous les jeudis, il faisait courir les Guinéens vers les kiosques, faisant vendre le journal par milliers d’exemplaires.
Mais le plus précieux pour moi reste l’intimité que nous partagions. Presque tous les jours ouvrables, Sidya me faisait l’honneur de m’accueillir à sa table, dans sa résidence de La Minière. Là, aux côtés de son ami d’enfance, Monsieur Tham Camara, les masques de l’homme public tombaient. Nous partagions nos doutes et nos espoirs avec une complicité et une sincérité rares.
Notre amitié s’est forgée et solidifiée dans l’acier des épreuves. Quand le régime l’a fait arrêter au milieu des années 2000, ma plume n’a pas tremblé : à travers la presse, j’ai écrit pour informer et dénoncer, tout en sensibilisant sans relâche les autorités en coulisses pour obtenir qu’il soit libéré. Et lorsque c’est moi qui ai été harcelé, arrêté et persécuté pour mes écrits, Sidya a été là. Il m’a soutenu, protégé et porté pendant mes moments les plus difficiles. Il n’a jamais fui, il n’a jamais douté.
Aujourd’hui, la Guinée pleure un grand Premier ministre, un réformateur pragmatique. Moi, je pleure un frère. Je pleure un compagnon d’une fidélité absolue qui a marqué chaque étape de ma vie d’adulte.
Sidya était, au sens le plus noble du terme, un homme en tout.
Repose en paix, mon ami.
