Guinée : L’ONU hausse le ton après la dissolution massive de 40 partis politiques
CONAKRY – Un vent de pression diplomatique souffle sur le Palais de la Colombe. Après l’Union européenne, le Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l’homme (HCDH) vient de sommer le gouvernement de transition de justifier la dissolution de 40 formations politiques, un acte qui redessine brutalement le paysage démocratique guinéen.
Une « mise en demeure » diplomatique
Dans une correspondance adressée directement au Premier ministre, Amadou Oury Bah, l’instance onusienne ne mâche pas ses mots. Tout en prenant acte de l’argumentaire de Conakry qui invoque un « assainissement » pour non-respect des textes légaux , le HCDH exprime sa vive préoccupation quant à la méthode et à l’ampleur de la mesure.
Pour les observateurs internationaux, cette décision frappe au cœur du pluralisme, touchant des formations historiques qui ont structuré la vie politique guinéenne ces trente dernières années.
Les trois piliers du rappel à l’ordre
L’ONU appuie son argumentation sur le droit international, rappelant à la Guinée ses engagements envers le Pacte international relatif aux droits civils et politiques. L’interpellation se cristallise autour de trois axes majeurs :
• La Sécurité Juridique : L’ONU s’interroge sur la clarté des règles appliquées. La loi a-t-elle été utilisée de manière prévisible ou comme un outil de sanction opportuniste ?
• L’Égalité de Traitement : Le courrier souligne la nécessité de ne pas faire de distinction arbitraire entre les acteurs politiques, craignant un ciblage des voix dissidentes.
• Les Libertés Fondamentales : Le HCDH rappelle que la liberté d’association est un droit inaliénable qui ne peut être restreint que dans des cas extrêmes et proportionnés.
Un tournant pour la transition
Cette sortie médiatique et diplomatique intervient dans un contexte de transition incertain. En démantelant une part significative de l’opposition et des forces politiques classiques, le régime de Conakry s’expose à des accusations de « verrouillage » de l’espace civique.
Si le gouvernement maintient que cette opération vise à professionnaliser la vie publique, la communauté internationale, elle, y voit un risque majeur de recul démocratique. Le face-à-face entre Conakry et les instances de Genève semble désormais inévitable.
L’info en plus : La dissolution concerne des partis de premier plan, laissant planer un doute sur l’inclusivité du futur dialogue national et des prochaines échéances électorales.
Georges
