Affaire PCG-SA : La CRIEF ouvre une enquête sur un gouffre financier de plus de 100 milliards GNF

Affaire PCG-SA : La CRIEF ouvre une enquête sur un gouffre financier de plus de 100 milliards GNF

La justice guinéenne s’attaque à la gestion de la Pharmacie Centrale de Guinée (PCG SA). Saisie par l’Agence nationale de lutte contre la corruption et de promotion de la bonne gouvernance (ANLC-PBG), la Cour de répression des infractions économiques et financières (CRIEF) a ordonné l’ouverture d’une enquête judiciaire d’envergure. Visant de présumés détournements, cette procédure met en lumière un effondrement financier vertigineux et de graves dysfonctionnements au sein de l’entreprise publique.

​Un retournement financier vertigineux en 2025

​Longtemps bénéficiaire, affichant des résultats positifs de 7,6 milliards de francs guinéens en 2023 et de 2,8 milliards GNF en 2024, la PCG SA a connu un krach financier sans précédent en 2025. L’entreprise a essuyé une perte nette abyssale estimée à 100,68 milliards GNF.

​En cause : une vague massive de péremption et de détérioration de stocks pharmaceutiques. Les enquêteurs relèvent une anomalie de taille avec la kétamine, qui concentre à elle seule plus de 24 milliards GNF de produits périmés.

​Des irrégularités techniques ont également été pointées à la réception des cargaisons :

​Livraisons non conformes aux spécifications contractuelles

​Sous-dosage de produits injectables

​Défaillances dans le conditionnement

​Marchés de gré à gré et soupçons de conflits d’intérêts

​La réquisition du parquet spécial s’étend aux procédures d’acquisition menées entre 2021 et 2023. L’ANLC-PBG pointe l’attribution de nombreux marchés de gré à gré à une quinzaine de fournisseurs, sans mise en concurrence ni les autorisations réglementaires requises. Cinq d’entre eux sont particulièrement ciblés dans l’affaire des stocks périmés : Kinapharma, Pharmanova, Nazounki, Entrance et Medinex.

​Autre volet ultrasensible : les conflits d’intérêts présumés au sommet de la hiérarchie. Selon les investigations préliminaires, plusieurs directeurs généraux successifs depuis 2020 auraient simultanément possédé ou exploité des pharmacies privées concurrentes, jetant le doute sur l’impartialité des décisions d’approvisionnement et d’attribution des marchés.

​Une gestion fragilisée et de lourdes opérations sous loupe

​Outre les stocks détruits, le rapport d’enquête dévoile une gouvernance poreuse caractérisée par :

​Une absence de traçabilité et de cartographie des risques

​Des conditions de stockage précaires

​Un volume de créances critique, dont 46,6 milliards GNF dus par le ministère de la Santé

​Des délais de paiement des fournisseurs dépassant les 1 000 jours

​Deux transactions financières retiennent par ailleurs toute l’attention des limons de l’ORDEF : une avance de 8,83 milliards GNF pour la construction de l’agence régionale de N’Zérékoré et un virement de 75 milliards GNF alloué à l’achat de kits sanitaires.

​​Dans sa réquisition, le procureur spécial de la CRIEF a enjoint à la Direction centrale de l’ORDEF d’exploiter l’ensemble des auditions de l’ANLC-PBG, d’auditer les flux comptables et de scruter la chaîne d’approvisionnement.

​L’enquête devra démêler la frontière entre simples défaillances managériales et infractions pénales, tout en situant les responsabilités individuelles des différents acteurs ayant piloté la PCG SA entre 2020 et 2025.

Envergure224.com 

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L'Equipe de la Rédaction