.Guinée : Le séisme Coumbassa ou l’art de se brûler les ailes sur l’autel des réseaux sociaux

.Guinée : Le séisme Coumbassa ou l’art de se brûler les ailes sur l’autel des réseaux sociaux

​La suspension de Jean-Marie Soriba Coumbassa n’est pas qu’un simple fait divers de l’administration guinéenne ; c’est le symptôme d’une transition qui, après avoir consolidé son pouvoir, fait face à ses propres démons internes : la gestion de l’entourage et la mutation politique.
​Le paradoxe du « bouclier » devenu encombrant, le sieur Coumbassa s’est enfermé dans le piège du « plus royaliste que le roi ». En voulant protéger le Général Mamadi Doumbouya contre une prétendue trahison, il a commis l’erreur fatale de porter le débat sur la place publique. Dans un régime militaire, la loyauté s’exprime dans le silence et la hiérarchie. En affichant les fractures de la présidence sur Facebook, il est passé du statut de « bouclier médiatique » à celui de « source d’instabilité ».
​La guerre des clans pour l’après-transition
​Le fond du discours de Coumbassa lève le voile sur une lutte d’influence féroce au Palais Mohammed V.
​D’un côté, les « technocrates et alliés politiques » qui occupent le gouvernement et tentent de maintenir leur influence.
​De l’autre, les « fidèles de la première heure » (les mouvements Pro-CNRD) qui se sentent exclus du gâteau et craignent que la victoire du Général ne soit « volée » par des partis opportunistes. Le dilemme de la légitimité  Indépendant ou Parti ?
​L’un des points les plus pertinents et les plus dangereux de sa sortie est la question de la base politique. Coumbassa touche une corde sensible : comment gouverner sans majorité parlementaire propre ? L’idée de transformer les mouvements de soutien en parti politique est un classique des transitions qui cherchent à se pérenniser. En disant tout haut ce que beaucoup murmurent tout bas, Coumbassa a forcé la main du pouvoir, qui a répondu par la sanction pour ne pas paraître cautionner une telle stratégie de verrouillage avant l’heure.
​Cette suspension sonne comme un avertissement solennel à tous les cadres , la communication de l’État ne peut se faire au gré des humeurs individuelles sur les réseaux sociaux. C’est la fin de la récréation pour ceux qui pensaient que leur proximité avec le sommet les autorisait à s’affranchir du droit de réserve.
​C’est dans cet elan que Jean-Marie Soriba Coumbassa a voulu jouer au « pompier » en allumant un incendie médiatique. S’il a réussi à mettre en lumière les tensions autour du futur gouvernement et des législatives, il a sans doute sacrifié son siège pour avoir oublié une règle d’or en politique : on ne sauve pas un chef malgré lui, et surtout pas devant témoins.

La méfiance envers les partis alliés : Pour lui, les leaders politiques siégeant au gouvernement « préparent leurs propres chapelles » pour les législatives, au détriment du Général-Président.
​La mutation du CNRD : Il appelle à transformer les mouvements de soutien en un véritable parti politique pour verrouiller l’Assemblée et le Sénat.
​« Ils veulent vous piéger pour qu’ils restent organiser les législatives pour donner des avantages à leurs partis, pas à vous », a-t-il martelé, semant le doute sur la loyauté de la coalition actuelle.
La réaction du pouvoir ne s’est pas fait attendre. En suspendant Coumbassa, le CNRD envoie un message de fermeté : la loyauté ne justifie pas l’indiscipline. Pour les observateurs de la scène politique guinéenne, cette « goutte d’eau » révèle surtout les tensions internes qui couvent au sein de la mouvance présidentielle à l’approche des grandes échéances électorales (Législatives et Sénatoriales).
​En voulant jouer les protecteurs zélés du Général Doumbouya, Jean-Marie Soriba Coumbassa a fini par s’isoler. Reste à savoir si ses prophéties sur une « trahison interne » trouveront un écho au sein de l’opinion ou si sa suspension marquera la fin de sa carrière politique sous l’ère du GMD.

Naby Camara 

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L'Equipe de la Rédaction