Marwan Diallo : Le cri du cœur d’un cerveau de la diaspora pour l’école guinéenne.
D’ordinaire plongé dans l’infiniment petit des nanotechnologies en Arabie Saoudite, l’expert guinéen Marwan Diallo livre un diagnostic sans concession sur le système éducatif de son pays d’origine. Pour ce scientifique de haut vol, l’urgence n’est plus aux réformettes, mais à une refonte totale dès le cycle primaire.
Un parcours d’excellence au service du futur
Installé depuis 15 ans dans le Royaume saoudien, Marwan Diallo incarne cette réussite guinéenne qui brille à l’international. Son CV est un itinéraire de la rigueur : de la faculté de médecine de Conakry aux laboratoires de micro-électronique de Grenoble, Lyon et du Canada. Aujourd’hui, il travaille sur les frontières de la science — de l’hydrogène vert à l’imagerie haute résolution pour l’extraction pétrolière. Mais derrière le scientifique, pointe l’observateur inquiet des carences de son pays.
Le constat : « Une médiocrité généralisée »
Interrogé sur l’état actuel de l’enseignement en Guinée, le verdict de l’expert tombe comme un couperet : le système est en crise profonde. Diallo déplore une baisse de niveau qui touche désormais les hautes sphères de l’administration.
« Aujourd’hui, même certains cadres peinent à structurer un document officiel sans erreurs grossières. »
Selon lui, le mal prend racine dans les années 90, marquées par un recrutement massif d’enseignants sans qualifications réelles, brisant ainsi la chaîne de transmission du savoir.
La thérapie de choc : Langues nationales et Anglais
Pour redresser la barre, Marwan Diallo propose des pistes audacieuses qui rompent avec le conservatisme ambiant :
Le choc linguistique : Enseigner dans les langues maternelles pour faciliter l’acquisition des concepts fondamentaux, tout en imposant l’anglais — langue de la science — dès le plus jeune âge.
L’exigence académique : Élever le niveau de recrutement des instituteurs au grade de la Licence.
L’arbitrage budgétaire : Réorienter les fonds de l’armée vers la construction d’écoles, dénonçant le contraste saisissant entre les berlines de luxe de la capitale et les hangars de fortune servant de classes dans les provinces.
Un appel à la « Décentralisation de l’intelligence »
Pour l’expert, la solution ne viendra pas uniquement de l’État, mais d’une responsabilité partagée. Il appelle les parents à reprendre leur rôle d’éducateurs et l’État à déconcentrer les investissements. Si la porte reste ouverte pour une collaboration avec les autorités guinéennes, Diallo prévient : il ne s’engagera que si une vision sérieuse et dénuée de « slogans cosmétiques » est mise sur la table.
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