Montréal vibre au rythme des 40 ans des Nuits d’Afrique : la Guinée à l’honneur
MONTRÉAL — Quarante ans de rythmes, de partage et de complicité interculturelle. Alors que le Festival international Nuits d’Afrique célèbre son quarantième anniversaire, le parcours de ses deux piliers, le Guinéen Lamine Touré et la Québécoise Suzanne Rousseau, résonne comme un modèle unique de fusion culturelle et de persévérance entrepreneuriale.
Pour marquer d’une pierre blanche cette édition historique, le gouvernement guinéen a déployé les grands moyens. Avec l’appui du ministère de la Culture, du Tourisme et de l’Artisanat via le Fonds de Développement des Arts et de la Culture (FODAC) , une forte délégation d’artistes et de hauts cadres a fait le déplacement vers la métropole québécoise.
Menée par M. Malick Kébé, directeur général du FODAC, la délégation compte des figures majeures de la scène musicale guinéenne telles que Soul Bang’s, Manamba Kanté, Sia Tolno, AK, et Moussa M’Baye du mythique groupe Degg J Force 3. Leur mission : honorer et célébrer la contribution inestimable de leur compatriote, Lamine Touré, président-fondateur de l’événement.
Les artisans de l’ombre et de la lumière
Au cœur de cette aventure se croisent deux trajectoires que rien ne prédestinait à s’unir, si ce n’est une passion commune pour l’art et l’altérité :
Lamine Touré, « Le Baobab de nuit » : Arrivé de Guinée en 1974 après un parcours européen de danseur et chorégraphe, il est l’âme incandescente du projet. Installé indéboulonnablement à l’entrée du mythique club Balattou, il est le passeur culturel qui tisse des ponts invisibles entre l’Afrique, Haïti, le Brésil et les Antilles.
Suzanne Rousseau, la visionnaire locale : Originaire de Trois-Rivières, elle s’associe à Touré dès 1985. Elle a apporté l’ancrage québécois nécessaire pour adapter et structurer les intuitions artistiques de son partenaire. Ensemble, ils forment un binôme indissociable depuis quatre décennies.
Du Balattou aux scènes internationales
L’histoire des Nuits d’Afrique est intimement liée à celle d’un lieu : le Balattou, ouvert en 1985. Conçu non pas comme un ghetto communautaire mais comme un carrefour d’échanges, le club s’est rapidement heurté à une barrière générationnelle due aux restrictions d’âge liées à la vente d’alcool.
« On ne pouvait pas toucher la relève », confie Lamine Touré.
Pour contourner cet obstacle et s’adresser aux familles ainsi qu’à la jeunesse métissée, le duo prend un pari audacieux en 1987 : sortir la musique dans la rue. Le Festival international Nuits d’Afrique était né, juste en face du club, sur le boulevard Saint-Laurent.
Un modèle financier éprouvé par le temps
Les débuts s’avèrent périlleux. Durant les premières années, c’est le Balattou qui maintient le festival à flot financièrement. Parallèlement, l’essor planétaire de la World Music propulsée à l’époque par des initiatives comme le label Real World de Peter Gabriel vient valider le flair des deux fondateurs. Des icônes telles que Papa Wemba ou Youssou N’Dour foulaient déjà les planches montréalaises avant d’exploser sur la scène mondiale.
Montréal, plaque tournante afro-descendante
Aujourd’hui, le festival n’est plus seulement un diffuseur de talents internationaux ; il est devenu un incubateur local. Grâce à des initiatives comme le concours des Syli d’or, lancé en 2007, la scène musicale afro-montréalaise s’est professionnalisée au point de rivaliser avec les plus grands artistes du continent africain.
pour y vivre à ce rendez-vous festif, des grandes dates sont à retenir. Notamment du 7 au 19 juillet tenue de la 40e édition du Festival international Nuits d’Afrique.
11 juillet Concert hommage d’envergure au MTelus, où la Guinée et Montréal salueront la contribution historique de Lamine Touré.
Quarante ans plus tard, le constat reste sans appel : en voulant faire voyager les Montréalais sur place, Touré et Rousseau ont réussi à ancrer l’Afrique au plus profond de l’identité culturelle du Québec.
Naby Camara
