Renaissance à Touba : La Communauté Diakanké lance la reconstruction de sa Grande Mosquée bicentenaire.
C’est un projet de grande envergure qui dépasse les frontières de la simple pratique religieuse. Ce dimanche 18 janvier 2026, au cours d’un poont de presse tenu dans un complexe hôtelier de la capitale guinéenne, la communauté Diakanké a officialisé le lancement des travaux de reconstruction de la Grande Mosquée de Karamôkoba Touba. Un chantier de mémoire, d’identité et de modernité.
Fondée en 1822 par l’illustre érudit Karamôkoba (Lamine Kaba), soit sept ans après la création de la cité sainte de Touba, la mosquée est le cœur battant de la propagation des sciences islamiques en Afrique de l’Ouest. Aujourd’hui, après plus de deux siècles de service, l’édifice est marqué par la vétusté.
« Cette mosquée a été bâtie sur de l’amour plus que sur des moyens », a rappelé Moustapha Gassama, chef du projet. Sa réhabilitation est désormais une nécessité impérieuse pour préserver ce que les intervenants ont qualifié de « patrimoine national guinéen ».
La particularité de ce projet réside dans son portage : il est conduit par la jeunesse de la diaspora, regroupée au sein de la fédération « Diaksporée ». Nés ou ayant grandi en Europe et aux États-Unis, ces jeunes cadres, ingénieurs et entrepreneurs entendent utiliser leurs compétences pour honorer l’héritage de leurs ancêtres.
Mme Fanta Fona Diaby, responsable de la communication, a souligné la dimension identitaire de cette initiative :
« Nous sommes en pleine crise identitaire, nés en Occident mais nous sentant totalement Africains. À travers ce projet, nous voulons donner du sens à notre vie en créant un pont entre nos pays d’accueil et la Guinée. »
La transparence et la rigueur de la gestion ont permis de lever des fonds impressionnants. À ce jour, plus d’un million d’euros (plus de 9 milliards GNF) ont été mobilisés grâce à une solidarité internationale sans faille. Si le financement est solide, les porteurs du projet ont néanmoins lancé un appel à l’État guinéen pour un accompagnement institutionnel et technique afin de parachever cette œuvre d’utilité publique.
Pour un rappel de mémoire, les festivités et les travaux débuteront dès cette semaine avec un programme riche en symboles :
Le 20 janvier il y’aura le lancement du Grand Fidaw (cérémonies de prières),suivra le
24 janvier une onférence scientifique à Touba portant sur l’éducation et la transmission du savoir, pour former ceux qui feront vivre l’édifice le 25 janvier pose solennelle de la première pierre en présence des autorités morales et administratives.
De son côté, l’ancien Premier ministre Ahmed Tidiane Souaré a pris la parole pour apporter son soutien total à cette initiative tout en rappelant des valeurs ancestrales et plaidoyer pour l’unité nationale, le natif de la cité sainte a marqué les esprits par un discours empreint de solennité.
Il a tenu à souligner le caractère exceptionnel de la démarche. Si les projets de réhabilitation de lieux de culte sont légion en Guinée, c’est, selon lui, la première fois qu’une telle action est précédée d’une rencontre formelle avec la presse.
« Cela permet la visibilité dès le départ du projet », a-t-il affirmé, y voyant un gage de sérieux et de rayonnement, non seulement national mais international, pour ce futur pôle culturel et islamique.
Au-delà de l’infrastructure physique, l’ancien chef du gouvernement a longuement insisté sur la dimension sociologique de la communauté Diaka. Pour lui, l’Union Diaka Diama ne se limite pas à un regroupement communautaire ; elle est une « nation » en soi, une synthèse de l’identité guinéenne.
« Tous les patronymes guinéens sont dedans. Toutes les valeurs de l’humanité de paix, d’unité, de foi se retrouvent dans cette communauté », a-t-il martelé. Il a défini cette identité comme un rempart contre l’égarement : « Lorsqu’on est attaché à ses racines, on ne se perd jamais. »
Le Dr Souaré a également profité de cette tribune pour rappeler l’importance de l’accompagnement des autorités de la transition. Citant en exemple les travaux déjà réalisés à Kankan ou à Mali, il a souligné que l’engagement citoyen est le moteur qui déclenche l’appui de l’État.
Il a notamment salué l’attention particulière du Président de la République, le Général de corps d’armée Mamadi Doumbouya, envers les missions et les prières de la communauté :« Nous porterons le projet à l’attention du gouvernement… L’État a toujours été attentif aux bonnes œuvres. »
Le message final est un appel à la mobilisation générale. Pour l’ancien Premier ministre, la réhabilitation de la mosquée de Touba est désormais une certitude, car elle repose sur une volonté endogène : « Une grande bâtisse bâtie par nous, par notre volonté, par nos prières. »
Selon les organisateurs, la mosquée n’est qu’une première étape. L’ambition est de bâtir un écosystème où la diaspora peut investir durablement en Guinée, en s’appuyant sur la sagesse des anciens et l’énergie d’une jeunesse qui refuse d’oublier d’où elle vient.
En s’inscrivant dans la fidélité et le progrès, ce projet de Touba s’annonce comme l’un des chantiers spirituels et culturels majeurs de l’année, porté par une communauté qui se veut « une force morale au service de la République ».
Naby Camara pour envergure224.com 628166315
