Le paradoxe de la RTG Koloma ou le naufrage organisé d’un navire amiral.
Entre expertises ignorées et fragmentation des budgets, la Radio Télévision Guinéenne (RTG) semble être la victime collatérale d’une stratégie de gestion qui privilégie l’éphémère au détriment de l’institutionnel. Enquête sur un « sabotage » systémique.
Lors de l’investiture du 17 janvier, le contraste était saisissant. Alors que la nation célébrait un tournant historique, l’image projetée par la « Grande Maison » de la RTG Koloma a suscité une vague de critiques. Pourtant, le mal ne vient pas d’un manque de bras ou de cerveaux. La RTG regorge d’ingénieurs et de techniciens dont la compétence n’est plus à prouver. Le problème est ailleurs, niché dans les rouages d’une gestion qui semble déshabiller Pierre pour habiller Paul.
Le constat est amer pour les agents de Koloma. Au lieu de moderniser le média historique pour en faire une vitrine technologique digne de la refondation, on assiste à une prolifération de structures parallèles.
Cette multiplication des supports crée un émiettement des ressources financières. Pour chaque nouvelle chaîne créée, c’est un nouveau budget qui est alloué, alors que les studios de la RTG crient famine face à l’obsolescence de leurs équipements. La question est désormais sur toutes les lèvres : qui sabote qui ? En privilégiant des projets ad hoc et des budgets fragmentés, le système fragilise l’institution pérenne au profit de structures souvent moins expérimentées.
Le ministre Fana Soumah est l’homme de la dernière chance ?
Tous les regards se tournent désormais vers le ministère de l’Information et de la Communication. Fana Soumah, pur produit de la maison, connaît chaque recoin, chaque frustration et chaque potentiel de la RTG. Sa nomination a été perçue comme un signal d’espoir. Réussira-t-il à briser ce cycle de gestion opportuniste pour réorienter les financements vers la formation et l’équipement lourd ?
Le défi est de taille, il s’agit de transformer la « victime éternelle » en un média de service public puissant, centralisé et à la pointe de la technologie.
Le préjudice est aussi humain. Des journalistes dévoués aux techniciens chevronnés, le sentiment de délaissement est réel. Voir des prestations techniques majeures confiées à des prestataires externes ou à des nouvelles chaînes alors que le savoir-faire interne est disponible crée une démobilisation dangereuse.
« Vouloir redonner l’image d’une République solide passe nécessairement par un média de service public puissant. »
En conclusion, on pourrait dire que c’est un choix politique avant tout. Car le sabotage n’est pas technique, il est politique et administratif. Pour que la RTG cesse d’être la cible des railleries lors des grands événements, l’État doit faire un choix surtout continuer à multiplier les « micro-budgets » pour des chaînes satellites ou investir massivement dans son socle historique. L’image de la Guinée à l’international en dépend.
La Rédaction
